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“  Cette première exposition parisienne de Jean Bouchet mérite d'être signalée, moins peut-être par ce qu'on y voit, mais bien par ce qu'on y pressent.

Le bleu est la note majeure de la gamme chromatique de Bouchet. Un bleu à la fois tendre et subtil, complexe riche sans affectation, et qui, par ses différents passages au gris, au rose ou au mauve, constitue le substrat rythmique d'un espace aux résonnances secrètes, renfermé et découvert d'un léger voile, comme par pudeur intime.

La peinture en effet là, procède avant tout d'un rituel à usage interne, dont l'accomplissement conditionne l'engagement même de l'artiste. Les œuvres témoignent d'une religiosité diffuse, très proche de la nature essentielle, d'une mystique des choses simples et des éléments consacrés : « Masque cérémoniel », « Prince des bois et des fleurs », « l'Esprit des Alluvions », « Notre Seigneur l'Écorché », « Initiation »...

Ces deux dernières œuvres, des gouaches largement traitées, sont surtout frappantes par l'allure éclatée de leurs rythmes graphiques, chaos d'où émerge une ordonnance seconde qui n'est pas sans rappeler l'esprit des aquarelles de la première période dramatique de Kandisky.

Des toiles comme « Masque cérémoniel » ou « Élan rituel », traitées avec une belle légèreté de matière, évoquent dans leur organisation, une sorte de Degottex touffu, enrichi de tout un faisceau de virtuels possibles.

Jean Bouchet : Un nom à retenir. Une aventure picturale à suivre dans l'avenir.  ”

Pierre Restany
CIMAISE Avril 1957
Galerie de Seine





“  Tout en haut sur le palier,
J'entre dans l'antre lumineuse de Jean Bouchet...
Les percées, en bas du grand escalier minéral, se laissent pénétrer par la carrure du Ventoux, l'ombre fuselée de quelques cyprès et la masse ombellifère argentée des oliviers.
Instant unique, que celui de l'invitation au partage d'un tel lieu...
Je descends, les sens en éveil, jusqu'au millieu des palettes palimpestes. J'écoute et je regarde l'ami qui se déplace entre les mots poétiques épinglés aux murs. Il soulève lestement les paysages picturaux de ses mémoires visuelles et graphiques, me les présente comme les trophées d'un entomologiste du sens.
Je voyage une fois encore, comme à chacune de mes visites.
La structure géométrique sous-tendue des œuvres vole en éclats, les plans des collines se faillent, le minéral s'oppose au végétal pour mieux offrir la tension splendide. Le périple se vit au creux des terres Drômoises ou Marocaines, et tout palpite en une calligraphie de l'espace.
Au pied du paysage, repose la subtile signature, idéogramme rouge du voyageur solitaire.
Solitaire, c'est le mot...
Jean Bouchet s'entraîne à restituer les tesselles des espaces vécus et traversés, sa mosaïque, au fil des années se déploie en une fresque qui emprunte à l'élégie, sa tendresse.
Pourtant, sur la toile, depuis quelques temps se profile, s'affirme et s'impose, une nouvelle trace, comme celle qui s'inscrit sur le sismographe.
Une ligne indiciaire, jumelle de celles des cotes en bourse, une petite ligne appuyée, qui n'a l'air de rien puisqu'elle flirte avec celles des crêtes des Baronnies ou du Diois.
Ce CAC 4O plastique, omniprésent, se montre plus préoccupé de sa propre arythmie et de ses fluctuations internationales, que de l'état de la planète et de ses paysages, en voie de disparition.
C'est à cela que Jean Bouchet nous renvoie, son écriture interne, nous prescrit une échographie de la Terre-Mère, pour ausculter en nous un sursaut salvateur, quand il en est encore temps ! Temps de notre prise de conscience, face à l'environnement et à notre pouvoir d'influer sur les choses. Son point de vue, nous est alors offert en partage, pour que nous ne regardions plus dans les rétroviseurs et que nous nous proposions d'ensemencer demain, autrement...
                                                          ”

Claire Gilson
Le 6 Avril 2004
Conseillère Pédagogique Arts Visuels en Drôme Provençale





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